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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 00:00

 

Le 25 novembre est la journée de lutte contre les violences faites aux femmes. Impossible pour moi d’écrire un article léger sur le blog. L’année dernière je vous parlais du viol, cette année j’avais envie d’aborder l’excision. En effet, beaucoup de gens ignorent cette pratique bien présente en France.

La Fédération du GAMS (1) lutte activement contre les mutilations génitales et les mariages forcés. C’est donc naturellement vers eux que je me suis tournée pour une interview. Merci à sa directrice générale Isabelle Gillette-Faye de m'avoir répondu. 

 

GAMS

Comment est né le GAMS ?

Le GAMS a été crée en 1982 à l’initiative de femmes Africaines et Françaises. Suite à des excisions, quatre fillettes sont mortes au début des années 80. La mission du GAMS est de sensibiliser les populations concernées par cette pratique (provenant en grande partie du Mali, Sénégal, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Gambie et également d’Egypte) à ne plus exciser les petites filles. Les campagnes d’information se font dans les lycées auprès des adolescentes, dans les centres sociaux, dans les associations de migrants…
Le GAMS a également une action internationale grâce à Amnesty International, Euronet et FGM (2).

Qu’est ce que l’excision ?

L’excision est l’ablation totale ou partielle du clitoris, des petites lèvres et/ou des grandes lèvres. Les raisons invoquées pour ces mutilations sont nombreuses mais la principale reste la volonté de contrôler le désir féminin. Si on écoute ceux qui sont favorables à cette pratique, les femmes ont des comportements sexuels qu’elles ne peuvent réprimer. Sans l’ablation du clitoris, elles auraient des relations sexuelles avant le mariage, elles commettraient l’adultère, en résumé elles seraient trop demandeuses de sexe.

Combien de femmes sont concernées en France ?

On dénombre environ 60 000 femmes qui auraient subi cette pratique en France. Certaines avant de venir vivre en France, d’autres ici-même. Il ne faut pas croire que ça n’arrive que loin de chez nous, en Afrique. Le GAMS doit se rendre prochainement en Bourgogne pour un procès où des petites filles ont été excisées dans une baignoire, dans des conditions atroces !
En 2011, 11% des filles de femmes excisées sont également des victimes ; 3 sur 10 sont directement menacées soit par leur famille en France, soit par leur famille restée au pays. Il faut donc rester vigilant.

Mais pourquoi ces femmes excisées recommencent-elles les mêmes mutilations sur leurs enfants ? N’en souffrent-elles pas aujourd’hui ?

Souvent elles ne se rappellent plus de la douleur qu’elles ont ressenti. Leur mémoire consciente ne se souvient pas. Certaines ne savent même pas qu’elles ont été excisées. Elles ne le découvrent que lors de leur premier rapport sexuel, souvent parce que l’homme avec qui elles sont leur annonce de manière très violente.
Ces femmes peuvent ressentir de réelles douleurs lors de l’acte, certaines sont frigides (même si ça n’est pas forcément lié), elles peuvent être boulimiques, anorexiques, dépressives. En fait, elles sont dans un continuum de violence. La mutilation est un des problèmes mais il ne faut pas mettre de côté les mariages forcés, les viols, les agressions sexuelles…

Depuis quelques années des équipes médicales permettent de reconstruire le clitoris. Les femmes y ont-elles souvent recours ?

Pas vraiment. Seules 3 000 femmes ont été opérées, ce qui n’est pas énorme. La chirurgie ne répond pas à tous leurs problèmes. Beaucoup ne souhaitent pas qu’on intervienne à nouveau dans cette région de leur anatomie.

 

L'action du GAMS porte-t-elle ses fruits ?

 

En Afrique notre action est de plus en plus efficace et l'Europe commence aussi à se sensibiliser à notre cause. Mais nous ne sommes jamais à l'abris d'un éventuel retour de bâton. La hausse des intégrismes religieux, le renforcement des discriminations raciales ne vont pas dans le bon sens.

A nous de rester vigilants.

 

Pour plus de renseignements : Fédération GAMS

 

(1) La Fédération nationale GAMS est engagée dans la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles et plus particulièrement :
    •    les mutilations sexuelles féminines
    •    les mariages forcés et/ou précoces
    •    les autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des filles

 

(2) Female genital mutilation

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Published by Lucie de Paola - dans Combat
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commentaires

mourblade 28/11/2011 10:49

j'ai déjà assisté à des procès sanctionnant ce genre de pratique. Le pire c'est que l'exécutante, pour certaines ethnies, appartient à un caste particulière (et oui les castes ne sont pas l'apanage
de l'Inde) celle des forgerons.
A la barre l'exciseuse ne comprenait même pas ce qu'on lui reprochait.
Pour paraphraser une phrase célèbre quand on me parle tradition je sors mon revolver.

petite parisienne 25/11/2011 19:02

J'avoue que je me sens plutôt mal quand je lis ça, et je n'aurais pas cru que les chiffres étaient si élevés... Raison de plus pour en parler ;) Merci de cet article

Kar'In Wonderland 25/11/2011 10:22

Quel article... d'habitude dès le titre, je fuis ce sujet mais comme c'est le tien Lucie, je me devais de le lire... oui d'habitude je fuis car il m'est insupportable, je ne peux plus lire, ni
parler de ces excisions depuis que je suis tombée sur un reportage particulièrement violent (la stricte vérité pourtant) où j'avais fini par vomir et être hantée par ces images pendant de
nombreuses nuits. Ces horreurs font parti du top 3 des actions pour lesquelles je pourrais combattre si j'avais le courage de me lancer un jour dans la lutte contre les inégalités, les souffrances,
les injustices et que par lacheté je n'ai toujours rien fait...
Merci Lucie pour ce rappel à l'ordre, ne pas oublier même si ça me hante

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